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Nécrologie: Hédi Annabi, chef de la Mission de stabilisation de l’ONU en Haïti

20 janvier 2010

L’ONU a confirmé, samedi 16 janvier, le décès d’Hédi Annabi, le chef de la Mission de stabilisation de l’ONU en Haïti (Minustah), mort dans l’effondrement du quartier général des Nations unies à Port-au-Prince, lorsque la ville a été dévastée par le tremblement de terre du 12 janvier. En près de trente ans de carrière aux Nations unies, le diplomate tunisien s’était imposé comme un pilier des opérations de maintien de la paix, naviguant avec dextérité entre la bureaucratie onusienne et les méandres politiques du Conseil de sécurité.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est dit « profondément attristé » par la « mort tragique » d’un « véritable citoyen du monde ». « Icône du maintien de la paix », un « homme discret au coeur de lion », Hédi Annabi a servi l’ONU avec « énergie, discipline, et un grand courage », a déclaré M. Ban.

Issu de la diplomatie tunisienne, diplômé de l’université de Tunis, de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève, Hédi Annabi a dirigé l’agence de presse nationale tunisienne, avant de rejoindre l’ONU, en 1981. Après avoir été nommé directeur de la division Afrique, en 1993, il est devenu, en 1997, sous-secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de maintien de la paix, un poste qu’il a occupé jusqu’en 2007. Selon Jean-Marie Guéhenno, l’ancien chef des opérations de maintien de la paix, dont M. Annabi a été l’adjoint pendant près de neuf ans, le diplomate onusien avait été « marqué pour toujours » par le génocide rwandais. Témoin de « l’hypocrisie des Etats », il aurait pu, selon M. Guéhenno, devenir « cynique et amer » ou, au contraire, se muer en « croisé de l’intervention humanitaire ». « Il ne fut ni l’un ni l’autre : homme de conviction et combattant infatigable, il n’aurait jamais imaginé de renoncer », écrit M. Guéhenno.

Les fonctionnaires onusiens qui ont travaillé aux côtés d’Hédi Annabi se souviennent d’un homme « premier arrivé au bureau et dernier parti », passant en revue avec une implacable minutie les rapports qui arrivaient sur son bureau.

A ceux qui voyaient en lui un bureaucrate excessivement prudent, ses collaborateurs répondent, comme l’ancien porte-parole de l’ONU, Fred Eckhard, qu’il était « un bureaucrate dans le bon sens du terme », un « réaliste » qui ne craignait pas le franc-parler et qui avait gagné la confiance de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.

Initialement heurté par la façon dont il avait été écarté du siège de l’ONU, en septembre 2007, par la nouvelle équipe de Ban Ki-moon, il avait, à la tête de la Minustah, retrouvé avec plaisir ce que les fonctionnaires onusiens appellent « le terrain ». Quelques jours avant sa mort, il écrivait à Jean-Marie Guéhenno : « Je dois te dire que je suis très heureux d’être ici. La tâche est difficile, mais je trouve mon boulot passionnant. »

« Réaliste, convaincu que le monde restait un monde d’Etats et d’égoïsmes, et que qui veut faire l’ange fait la bête, il se méfiait de la rhétorique sonore de la solidarité internationale », se souvient M. Guéhenno. « Dans l’immense catastrophe d’aujourd’hui, il faut la ténacité dont faisait preuve Annabi pour ne pas se décourager, et repartir », ajoute l’ancien responsable onusien.
Philippe Bolopion,  Le Monde 19.01.10

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